RIP mon pote Nicolas Jegou qui est décédé ce lundi matin après un AVC « violent » il y’a 2 jours, AVC que j’ai appris par le frère de Nicolas qui m’a envoyé un message sur Facebook1 . J’ai une pensée pour sa famille et ses proches. N’étant pas croyant, je ne parlerai pas d’autre rive ou truc voisin, je laisse ce genre de mots à des potes qui portés sur ces choses en écrirons de belles. J’espère, mais je n’ai pas de connaissances médicales, que son AVC ne l’a pas fait souffrir dans ses derniers jours, et je ne sais pas ce qui se passe dans la tête des gens qui font un coma profond.

Il avait prévu des travaux dans sa maison en Bretagne et envisageait des choses pour y vivre sa retraite qu’il ne connaîtra pas.

C’était une personne au grand coeur, et je ne parle pas que pour moi à l’époque où je survivais au RSA.2 Je l’ai compris quand il nous parlait de ses complices de la Comète, son bar fétiche au Kremlin-Bicètre. Les mots étaient simples et justes pour décrire d’authentiques personnages dignes de roman avec des surnoms poétiques.

Je l’ai vérifié depuis 2007 quand nous nous étions rencontrés à la fin de l’été comme blogueurs politiques +- de gauche lors d’un apéro ensoleillé qui allait donner suite à la naissance des lefblogs.. groupes de blogueurs de gauche opposés au Sarkozysme triomphant jusque dans les éditos du Monde . De cet apéro sont nés des rencontres de gens, qui se sont ensuite éparpillés et que je ne croise plus pour la plupart d’entre eux. Créateur des leftblogs j’en ai pris le départ à un moment où ma maladie me faisait faire n’importe quoi et j’en avais confié la gestion à Nicolas.

Quelqu’un a décrit sa vie comme celle d’un « hédoniste kamikaze« , et oui c’est juste il avait un sacré coup de fourchette et lever de coude. Tout cela n’était sans doute pas très responsable, mais c’était un choix personnel de sa part. Je me souviendrai toujours des mots sympas qu’il avait au sujet de ses camarades de comptoir, ou autres. Je retiens de lui sa capacité à faire se rencontrer des gens: il eu l’idée d’organiser des « Kremlin des blogs« , des apéros au Kremlin-Bicetre (à la Comète) à une époque où les échanges étaient respectueux et tout servait de prétexte à organiser des apéros, et nos blogs avaient des milliers de lecteurs par jour : on rigolait de nos stats en ayant 4000 pages vues par jour, voir plus. Nous étions d’un seul coup devenus selon certains « influents », ce qui m’a surpris et fait douter du sérieux de la personne nous parlant avec ce mot (voir cet article du monde). Nous influencions en fait des gens déjà convaincu , nous étions tout simplement des militants 2.0 hors partis parlant à des gens de nos bords (invités au congrès du PS), et a répondre à des rares commentaires autres que ceux des habitués.

Personnellement, je pratiquais aussi la République des blogs pour discuter avec des blogueurs de droite, centristes et libéraux eux aussi portés sur la bière et prompts aux échanges et débats intéressants . J’ai participé à de nombreux KDB où parfois étaient invités des personnages politique (DSK, Manuel Valls, Huchon pour la région par exemple) ou étaient des portes vers d’autres débats (avec Hollande par exemple juste avant sa campagne de 2012 à laquelle nous avons participé, Nicolas était présent et portait un vif intérêt à « Flamby »).

Certains disent qu’il avait une plume républicaine, exigeante, souvent mordante, mais jamais complaisante. Certains autres ont pu se sentir mal quand ses mots étaient parfois un peu violents (mais le méritaient très souvent) en commentaire ou sur les réseaux sociaux où des peigne-culs l’avaient accusé d’être raciste3. Mais il savait porter un regard critique sur le monde, sur la politique (PS, LFI tout le monde prenait cher) et, plus encore, sur son propre camp s’interrogeant sans cesse pour comprendre ce qui se passait de travers. Nicolas était un authentique républicain laïc (voir athée, je n’ai jamais su), critique et commentateur des idées survenues récemment dans le débat comme Metoo ou le wokisme à cheveux roses.

Il aimait taper sur la LFI, ses militants et les zozos de threads ou de TikTok repaire à neuneus qui croient tout savoir. Etrangement ceux-ci n’allaient pas chercher le combat dans ses commentaires, la réponse de Nicolas à ce genre de question c’était souvent « bah », une formule typique du taulier.

Désormais nous vivons un chagrin collectif.

La question se pose de sauver ses blogs et ses écrits. Je ne sais pas s’il avait pris ses dispositions et ce qu’il est possible faire, je viens de demander à Archive.org de sauver le site https://jegoun.com : Je ne sais pas quand cela va se faire et quel sera le résultat. Il doit aussi être assez aisé d’aspirer le site et de le copier quelque part avec quelques wget et autres librairies python.

EDIT du 16 juin : en fait son blog était déjà indexé par archive.org : rien n’est donc perdu.

  1. un site que les millenials à cheveux roses ignorent ou méprisent. ↩︎
  2. il payait mon addition. ↩︎
  3. aberrant quand on connaissait le personnage et ses amis kabyles ou africains. ↩︎

By Rva

2 thoughts on “Nicolas Jegou : Un Blogueur au Grand Cœur”
  1. J’aurais pas dit beaucoup mieux.
    J’ai « découvert » Nicolas et beaucoup d’autres au moment du COVID et quand j’ai commencé à bloguer (d’ailleurs ça va faire un an que j’ai rien écrit), et sur recommandation d’Elodie il m’invitait aux visios KdB (dont on voyait bien que malgré l’effervescence de certains débats, le format visio « chacun derrière son écran » l’emmerdait profondément).
    J’ai appris à l’apprécier malgré ses airs bourrus, à découvrir sa finesse et sa grande intelligence au travers de ses billets, j’ai été inquiet pour lui lorsqu’il était à Pompidou (et comme beaucoup je me suis poilé devant ses critiques gastronomiques de la bouffe de l’hôpital), et j’appréciais de pouvoir débattre avec lui, parce qu’il savait écouter y compris les idées contraires aux siennes et argumenter avec respect.
    Comme beaucoup, j’ai l’impression de perdre un vieil ami, et je regrette de ne l’avoir jamais rencontré pour de vrai.
    Il manque déjà à beaucoup – dont moi.
    Bref, fait ch… !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *